La marche d’une vingtaine de minutes depuis la gare valait assurément la peine ! Dès que nous gagnâmes les ruelles pavées et escarpées du vieux centre-ville de Cáceres, je compris que la visite du jour s’apparentait à la découverte d’un énième petit trésor caché. Décidément, l’Estrémadure recelait en son sein une multitude de surprises !
La plaza de San Juan, modeste, verte, intime, avec ses devantures colorées et sa simple mais remarquable église de Saint-Jean le baptiste, débouchait, au nord, sur une plaza Mayor apprêtée pour les fêtes de fin d’année avec patinoire et marché de Noël et, à l’est, sur un quartier moyenâgeux excellemment préservé. Palais, églises, remparts, arches et placettes surgissaient à chaque coin de rue, rues pentues et pavées de pierres grossières. Ici, devant la co-cathédrale de Sainte-Marie, une mendiante implorait théâtralement, des buées de froid lui sortant de la bouche, qu’on lui offre un peu de pain. Là, tout en haut, sur la plaza de las Veletas, un guitariste exerçait ses talents et emplissait l’atmosphère chargée d’histoire d’une mélopée plus moderne. À deux pas, l’église de Saint-Mathieu et son magnifique retable en bois accueillaient gratuitement les croyants et les curieux. Plus bas, l’église Saint-François-Xavier et ses deux hautes tours blanches contemplaient la plaza de los Golfines et la plaza de Santa María. Le labyrinthe du centre historique nous faisait à chaque fois découvrir de nouvelles facettes de Cáceres tout en nous ramenant sur nos pas.

Face aux multiples façades d’époque et aux énormes palais, face aux grosses portes en bois closes surtout, une question se faisait jour en moi : les lieux étaient-ils occupés ? Parfois, on voyait bien qu’un hôtel, comme la chaîne de luxe Parador, ou que l’un ou l’autre restaurant avaient rénové le bâtiment, qu’ils l’occupaient, qu’ils les rendaient fonctionnels, mais qu’en allait-il du reste, des palais, des temples et des résidences religieuses par exemple ? À qui appartenaient-ils ? À la ville, à l’Église, à des particuliers ? Étaient-ils voués au délabrement faute d’entretien, à l’abandon, comme ce jardin de couvent que j’observais de haut ? Ou bien des chanceux avaient-ils l’honneur de vivre au quotidien dans ces trésors d’une époque révolue ? La vieille ville avait l’air tellement paisible, en ce matin-là, que, malgré ses touristes flâneurs, malgré ses commerces ouverts, elle renvoyait l’image d’une cité créée spécialement pour un film et abandonnée après tournage, une impression agréable pour moi qui apprécie tant la solitude.




Laisser un commentaire