Ce qui inspira à John Kennedy Toole La Conjuration des imbéciles

En 1961, le jeune John Kennedy Toole, vingt-trois ans à peine, dut interrompre ses études pour faire son service militaire. Il fut affecté à Fort Buchanan, sur l’île de Puerto Rico, où on le chargea d’enseigner l’anglais aux recrues hispanophones.

D’ordinaire enjoué et prompt à faire de l’humour, Toole sombra peu à peu dans la dépression. Ce n’était pas tant l’isolement qui lui pesait, mais l’inactivité qui s’installait dans son quotidien faute de nouvelles recrues à former, couplée à la chaleur étouffante qui jour après jour le tourmentait, transformait lentement mais sûrement sa vie en cauchemar.

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La terreur du meurtrier

J’avais mis en œuvre mon plan d’abattre un politicien quelconque, mais je n’avais hélas pas pris suffisamment de précautions, et, quelques heures après mon forfait, le pays entier était sur le point de découvrir l’identité du fugitif que j’étais devenu. Je me trouvais dans une foule, et je me savais perdu, et je regrettais mon geste, surtout quand je pensais à ma compagne. J’avais l’impression qu’avec mon incarcération à venir je l’abandonnais, et je l’imaginais pleurer toutes les larmes de son corps lorsqu’elle apprendrait mon crime et mon emprisonnement. Je ne serais pas présent pour la consoler. Pire : j’étais la source de son malheur futur. En ce moment elle était peut-être déjà en train de découvrir mon visage sur son écran de télévision. J’étais honteux. Je regrettais. J’avais perdu tout espoir.

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Almería 1522 : chapitre I

Le vent soufflait sur la baie d’Almería en ce lundi 22 septembre 1522. Une odeur âcre de poisson régnait le long des plages et de l’embarcadère. Le jour se levait à peine sur la ville côtière et déjà son port grouillait de monde.

C’était un port d’excellent mouillage, fréquenté depuis des siècles grâce à la topographie particulière de la côte qui permettait aux bateaux de se protéger du levant ou du ponant en fonction de leur lieu d’ancrage. Trois ou quatre siècles avant la Reconquête, les Maures avaient construit en son cœur une jetée afin d’agrandir sa capacité d’accueil. Elle s’y trouvait encore et, attachés à elle, des vaisseaux de guerre, des navires marchands et des barques de pêcheurs dansaient sur les vaguelettes troubles de la Méditerranée.

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Publication d’Almería 1522

J’ai le plaisir de vous annoncer avoir publié en fin d’année 2022 ma relation du grand tremblement de terre d’Almería de 1522.

Après trois mois de recherche, de lecture et de compilation d’informations, j’en ai pris tout autant pour composer ce récit historique centré sur l’épisode sismique le plus dévastateur de l’histoire d’Espagne.

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Baeza by night

On frissonne, et on sourit parce qu’on sait que la fraîcheur du vent en est responsable, mais en d’autres temps peut-être aurait-ce été par crainte. La couverture noire qu’est le ciel nous le rend invisible ; seuls existent les pavés grossiers qu’on foule, les murs en pierre grise qui nous escortent, les lampes jaunâtres qui éclairent, mais pas trop, les environs. Les ruelles anguleuses sont désertes ; on fait dix pas et on doit bifurquer à nouveau ; qui sait ce qui pourrait nous attendre au prochain tournant ?

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Désormais sur Twitter et Telegram !

L’algorithme de Facebook s’immisçant de plus en plus intempestivement dans les interactions entre auteur et lecteurs, j’ai décidé de me tourner vers une plateforme dont la nouvelle direction semble privilégier l’Internet à l’ancienne, où vous choisissez ce que vous voulez voir apparaître dans votre fil d’actualité, sans que des robots ou des êtres humains mal intentionnés restreignent votre champ de contacts et décident à votre place qui vous avez le droit de lire.

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Mourir en rêve

Dans une nuit à cheval entre un samedi et un dimanche, je ressentis une drôle de sensation — une sensation que j’avais déjà connue quelques semaines plus tôt, me sembla-t-il sur le moment, sans certitude toutefois, car les rêves n’ont pas leur pareil pour donner le contour de réalités à des chimères.

La sensation se situait au niveau de ma mâchoire. Ma mandibule s’était décalée du côté droit et me donnait l’impression d’être bloquée dans cette position. Je ressentis des élancements, peut-être même des tremblements. Ça n’avait rien d’agréable ; aussi fut-ce en fermant les yeux dans mon rêve — yeux pourtant bien clos dans la réalité — que soudain la sensation disparut. J’accueillis cette disparition comme une libération.

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Le tremblement de terre qui ruina Vera

C’était le mardi 9 novembre 1518. La nuit tombait sur la colline de l’Esprit saint où se dressaient Vera et son château fort. Les cent cinquante habitants venaient de rentrer chez eux. Au fur et à mesure que l’obscurité s’intensifiait, ils se glissaient les uns après les autres sous les couvertures de leurs couchettes et s’endormaient peu à peu.

Deux cents maisons s’échelonnaient sur les flancs de la cité, mais seules soixante étaient occupées — conséquence, primo, de l’interdiction faite aux maures d’y résider et, secundo, des attaques de pirates qui ravageaient presque quotidiennement ce coin du royaume.

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Le séisme qui détruisit Lisbonne

C’était le 1er novembre 1755 et il faisait particulièrement chaud pour la saison. En ce jour de Toussaint, les églises de Lisbonne se remplissaient de fidèles. Le roi Joseph Ier lui-même avait assisté à un office dès la première heure avant de quitter la capitale.

Il était 9 heures 40 environ quand, soudain, le sol se mit à osciller durant une longue minute, ce qui plongea la population dans la stupeur et la panique. Lorsque le tremblement de terre cessa, le soulagement s’imposa : aucun édifice ne s’était effondré.

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