À la sortie du village de Balerma, là où la digue s’efface au profit du sable et des serres, vous apercevrez, de l’autre côté de la chaussée qui conduit à la localité voisine de Balanegra, un bâtiment à l’aspect curieux. Sa petite tour à toit pointu lui donne presque des airs de château — un château qu’il n’est pas et qu’il n’a jamais été. Ses murs blanchis à la chaux verdissent de plus en plus, les planches en bois qui prolongent ses murs se délabrent, son toit de tôle transparente se couvre de sable et de poussière. Cet édifice abandonné, qui vieillit un peu plus chaque année, n’a pas toujours eu cet aspect sale et agonique ; il fut au contraire un haut lieu de la vie nocturne almérienne dans les années 90 et 2000.

Construite par l’entrepreneur Antonio Cara sur un terrain de deux mille six cents mètres carrés, l’ancienne discothèque Malibú se présentait dans ses jeunes années comme un authentique jardin d’Éden à ciel ouvert, chargé de végétation enchanteresse. La jeunesse qui y accourait ne provenait pas seulement de Balerma mais de toute la comarque du Ponant almérien et, d’après les témoignages d’époque, les soirées qui s’y déroulaient avaient quelque chose de magique, de féérique. Capable d’accueillir trois mille personnes, la Malibú hébergeait aussi les appartements privés de l’ambitieux propriétaire, pour qui rien n’était trop beau ni trop grand. Il l’entretint comme un bijou au fil des ans ; il la dota même d’un toit transparent pour qu’elle puisse également ouvrir en hiver. Les succès s’enchaînaient. On venait de toujours plus loin pour écouter les sets des toujours plus nombreux DJs qui animaient les pistes de danse.


Les répercussions économiques sur le village ne furent pas des moindres : de nombreux jeunes consommaient dans les bars et cafés alentour les soirs de fête. Mais tout n’était pas rose pour autant : drogues et nuisances sonores furent les revers les plus notables subis par les habitants de Balerma.
Le succès d’un commerce dépend souvent de sa tête pensante. Lorsqu’Antonio Cara vendit la discothèque en 2005, la magie s’estompa et la clientèle s’évapora. C’était le début de la fin. Devenue le siège de l’association des entrepreneurs de Balerma (AsEBal), elle tenta de se renouveler, notamment en se louant pour des fêtes privées ou en se transformant en chiringuito, mais elle ne sortit plus jamais la tête hors de l’eau.
Lorsque je mis pour la première fois les pieds à Balerma voici cinq ans, l’ancienne discothèque se trouvait déjà à l’état d’abandon. Des squatteurs l’occupaient occasionnellement, tant et si bien que ses divers accès durent être murés. Depuis quelques mois, une affiche « Se vende » en orne la façade, mais existe-t-il seulement quelqu’un capable de rendre ses lettres de noblesse à cet ancien lieu-culte voué à la disparition ?



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