Les héros de mon roman Mort à Balerma évoluent dans un cadre géographique particulier, voire surprenant : la « mer de plastique », ou le « potager de l’Europe », selon la vision qu’on veut avoir de la chose.
Quiconque traverse la province d’Almería ne pourra que remarquer les nombreuses serres blanches qui ont poussé sur ses terres. Les invernaderos (comme on les appelle en espagnol) sont partout et occupent plus de trente mille hectares de surface, soit plus de trois cents kilomètres carrés. On peut les voir depuis l’espace ; leur reflet donne parfois l’impression d’une grande mer blanche.

C’est dans les années 1960, à l’époque du « miracle économique espagnol » que furent construits les premiers invernaderos en province d’Almería. La technique consistant à remplacer le verre, trop cher et pas assez flexible, par du polyéthylène, déjà testée précédemment en Catalogne et aux Îles Canaries, présentait de nombreux avantages pratiques et économiques. Le plastique transparent intensifiait la chaleur et retenait l’humidité, ce qui permettait de récolter les cultures un mois plus tôt qu’en plein champ, et de commencer les semis plus tôt que dans d’autres régions, ce qui doublait, voire triplait, le nombre de récoltes annuelles.
Les premières cultures, du côté de Dalías, se propagèrent à toute la comarque du Ponant almérien et même aux environs de Níjar, à l’est d’Almería. C’est ainsi que, aujourd’hui, une grande partie des poivrons, tomates, aubergines, pastèques, melons, etc. consommés en Europe proviennent de la seule province d’Almería, ce qui peut surprendre quand on connaît la nature aride du climat dans cette zone chaude et désertique.
Pourquoi Almería fut-elle choisie pour devenir le grand potager de l’Europe ? Sans doute parce qu’il s’agit de la région la plus ensoleillée d’Europe, avec plus de trois mille heures d’ensoleillement par an, un atout qui favorise la photosynthèse des plantes et leur croissance rapide. Les plus grandes entreprises d’agronomie et leurs départements de biotechnologie agricole disposent d’un siège dans le coin, mais ce sont avant tout les petits exploitants locaux qui, grâce à leur force de travail et à leur courage (travailler dans les fours que sont les invernaderos en plein été n’est pas une sinécure !), font vivre la province.
Parfois critiquée pour son exploitation intensive des terres ou pour son emploi d’immigrants illégaux comme main-d’œuvre bon marché, l’agriculture almérienne n’en produit pas moins d’excellents fruits et légumes. Leur saveur s’avère étonnante et parfois détonante : ils ont dix fois plus de goût que ceux qu’on retrouve dans les supermarchés belges et français. Allez savoir pourquoi.





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