Dans ses mémoires, Geronimo décrit le rapport à la spiritualité des Apaches, qui ont un dieu unique qu’ils appellent Usen et qui croient à une vie après la mort, mais pas de la même façon que les Occidentaux : « Nous croyions qu’il y avait une vie après celle-ci mais personne n’a jamais pu me dire quelle était la partie de l’homme qui vivait après sa mort. J’ai vu beaucoup d’hommes mourir ; j’ai vu beaucoup de corps humains pourrir mais je n’ai jamais pu voir cette partie qu’on appelle l’esprit. Je ne sais pas ce que c’est ; et je n’ai pas été capable de comprendre cette partie de la religion chrétienne. »
Un passage de l’ouvrage s’attarde sur une expérience de mort imminente vécue par un Indien. Elle est sensiblement différente du schéma type qui s’est dégagé dans la littérature du genre en Occident : pas de bruit désagréable, pas de décorporation, pas de corps astral, pas de flash-back sur sa vie, etc. En revanche, plusieurs éléments communs sont notables : le tunnel obscur, la lumière intense, l’apparition d’être chers décédés en cours de chemin.
Il ne faut toutefois pas perdre de vue que ce témoignage a été communiqué à Geronimo par l’intéressé vingt à vingt-cinq ans plus tôt : il s’agit donc d’un matériel de seconde main qui a pu être altéré par le temps et la mémoire du vieux guerrier apache.
Tel est le récit qu’en fait Geronimo :
« Une fois, alors que je vivais dans la réserve San Carlos, un Indien m’a dit que, tandis qu’il gisait inconscient sur le champ de bataille, en fait, il était mort et était parti dans les pays des esprits.
D’abord, il arriva près d’un mûrier qui sortait d’une caverne. À l’entrée de cette caverne se tenait un gardien mais, comme il s’approchait sans peur, le gardien le laissa passer. Il descendit dans sa caverne et après quelque temps, le chemin s’élargissait et se terminait sur un précipice d’une trentaine de mètres de large et autant de hauteur. Il n’y avait pas beaucoup de lumière mais, en plongeant son regard directement sous lui, il aperçut un tas de sable qui s’élevait des profondeurs jusqu’à six mètres du sommet du précipice où il se tenait. S’agrippant à un buisson, il se laissa tomber et atterrit sur le sable, glissant rapidement le long de la pente vers l’obscurité. Il se retrouva dans un étroit boyau qui courait vers l’ouest. À travers un canyon qui devint graduellement de plus en plus clair jusqu’à ce qu’il y vît comme en plein jour, mais il n’y avait pas de soleil. Finalement, le boyau s’élargissait pendant quelques mètres puis se transformait brutalement en un étroit tunnel ; à l’endroit précis où le tunnel se rétrécissait, deux énormes serpents étaient lovés et, à son approche, reculant leurs têtes, ils sifflèrent. Mais il ne montra aucune peur et, comme il s’approchait d’eux, ils se retirèrent tranquillement et le laissèrent passer. À l’endroit suivant où le passage s’élargissait, se tenaient deux grizzlys prêts à l’attaquer mais quand il s’approcha d’eux et leur parla, ils se rangèrent de côté pour le laisser passer sans dommage. Il continua à suivre le tunnel étroit et une troisième fois, il s’élargit et deux lions de montagne lui barrèrent le chemin mais quand il s’approcha d’eux et leur parla, ils se retirèrent aussi. Il s’engagea dans le tunnel étroit. Pendant quelques temps il le suivit puis émergea dans une quatrième section au-delà de laquelle il ne voyait plus rien : les murs de cette section s’entrechoquaient avec grand bruit mais quand il s’approcha, ils s’écartèrent pour le laisser passer. Après cela, il lui sembla être dans une forêt et en suivant les couloirs naturels qui allaient vers l’ouest, il arriva bientôt dans une vallée verdoyante où campaient beaucoup d’Indiens et où le gibier était abondant. Il dit qu’il vit et reconnut beaucoup de ceux qu’il avait connus durant sa vie et qu’il était désolé de reprendre conscience.
Je lui dis que si j’étais certain que cela fut vrai, je ne voudrais pas vivre un jour de plus (…). Je suis resté moi-même inconscient sur le champ de bataille et, pendant que j’étais dans cet état, j’ai eu d’étranges pensées et expériences, mais elles sont restées très vagues et je ne peux m’en souvenir suffisamment pour les raconter. »


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