L’homme alluma le brûleur en trois points et une belle flamme jaune virevolta dans la nuit. Il redressa la lanterne de papier de sorte qu’elle puisse s’emplir de la chaleur du feu.
— Bientôt, dit-il à son fils qui l’observait, bientôt, ça va s’envoler.
Et en effet, quelques instants plus tard, il lâcha la lanterne de papier qui s’éleva dans l’obscurité.
Main dans la main, le père et son fils la regardèrent prendre de l’altitude, franchir le ruisseau et tendre vers les collines, flamboyante, solide, portée par le vent frais au cœur de toutes les lueurs qui rendaient les cieux de la nouvelle année uniques. L’enfant ne la perdait pas de vue. C’était sa lanterne à lui, la plus belle et la plus grosse d’entre toutes.
Un court instant, elle cessa de briller, puis elle réapparut, et ce jeu de va-et-vient dura de longues minutes jusqu’à ce qu’elle disparût pour de bon.
L’enfant alla se coucher et bien loin de lui sa lanterne poursuivit son aventure. Elle passa par-dessus les collines, traversa la zone des marécages et gagna les premières rizières. Ses réserves d’énergie décroissaient et elle perdit peu à peu de l’altitude. À bout de souffle, elle retomba doucement sur le toit de la ferme endormie de la famille Saengsawang.
Sa flamme à l’agonie dévora les restes de papier et, trouvant dans le bois une belle façon de se prolonger, elle se transforma en un incendie qui ne fit aucun survivant.


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