À partir du moment où vous avez entendu à plus d’une reprise que le petit village de Trujillo est plus beau que la capitale de province Cáceres, vous entrez dans le hameau gorgé d’espoir, un espoir qui se refroidit au fur et à mesure que vous le traversez, que vous montez d’une ruelle escarpée à l’autre. Certes, vous apercevez au détour d’une place telle ou telle église, certes, quelques bâtiments plus anciens s’élèvent çà et là, mais rien d’exceptionnel ne frappe l’œil, tout est petit, étriqué, mal entretenu, et à cette impression décevante s’ajoute le fait que tous les commerces sont fermés, que le village semble déserté.
« Et puis », comme chantait Jacques Brel avant d’introduire Frida, et puis vous arrivez à la plaza Mayor, qui surgit au milieu du marasme comme un rafraîchissant mirage. Une fabuleuse esplanade, aux dimensions prodigieuses si vous la comparez à tout ce que vous avez observé jusque-là, aux mesures dignes d’une grande ville, d’une capitale, s’ouvre tout à coup devant vous. Encadrée par de multiples façades vieilles de plusieurs siècles, dirigée vers l’insolite église Saint-Martin de Tours en face de laquelle se dresse une statue équestre du conquistador local Francisco Pizarro, la grand-place de Trujillo baigne sous les splendeurs du soleil. Escaliers et degrés vous permettent de l’observer de haut, puis de vous en éloigner pour apprécier l’essence moyenâgeuse des alentours.

Les abords de l’église de Santa María la Mayor, haut perchée, vous offrent un avant-goût des paysages infinis qui peuvent s’observer depuis l’Alcazaba. Cette citadelle, vide en son cœur mais aux murs et remparts toujours debout, est excellemment située d’un point de vue stratégique ; elle permet de voir à plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde. En marchant sur son chemin de ronde, vous vous rendez compte de ses dimensions impressionnantes eu égard à la taille modeste de la municipalité de neuf mille âmes et une question finit par se présenter à vous : comment diable se fait-il que cette place forte, qui a une histoire riche, un patrimoine exceptionnel, une beauté propre ne se soit jamais développée en une grande ville comme tant d’autres ? Quel est le mystère faisant que l’extension infinie des vieux centres historiques n’a pas touché Trujillo ? Pourquoi certains lieux sont-ils condamnés à la modestie quand d’autres concrétisent leurs rêves de grandeur ? L’Histoire a ses énigmes et vous, vous avez votre histoire : vous avez visité un magnifique hameau injustement trop méconnu et jamais vous ne pourrez oublier l’impression rafraîchissante qu’il vous a laissée en cet après-midi hivernal.




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