Lorsque la maison d’édition The Bodley Head proposa un contrat à Agatha Christie pour son premier roman, La Mystérieuse Affaire de Styles, l’écrivaine dilettante envisagea de faire publier le livre sous un nom d’emprunt, un nom d’homme, comme Martin West ou Mostyn Grey, qu’elle jugeait plus vendeur.
Son éditeur la convainquit de n’en rien faire : le prénom Agatha était si original qu’il resterait gravé dans la mémoire des lecteurs. Plutôt que Miller, son nom de jeune fille, elle lui adjoignit son nom d’épouse, Christie, un choix qui semblait couler de source mais qui se révéla peut-être douteux a posteriori puisque, en 1928, le couple Christie divorça et qu’Agatha Christie redevint au civil Agatha Miller.
William Collins, son nouvel éditeur, insista pour qu’elle conservât son nom de plume. En maintenant Agatha Christie sur les couvertures, il tirait profit de la notoriété croissante de la romancière et de sa capacité à attirer un public fidèle. Publier ses nouveaux titres sous le nom d’Agatha Miller ou sous une autre identité aurait pu fragiliser la confiance du public et faire diminuer les ventes.
Pour les mêmes raisons, son nom de plume ne changea pas lorsque, se remariant au jeune archéologue Max Mallowan, elle devint officiellement Agatha Mallowan en 1930 : Agatha Christie était devenue une marque établie sur le marché, une marque qui faisait vendre.
D’un point de vue économique, la marque joue un rôle essentiel. Elle remplit plusieurs fonctions cruciales : identifier un produit, garantir sa qualité et fidéliser les clients.
La marque Agatha Christie remplissait toutes ces fonctions : ses romans se distinguaient nettement des autres sur le marché, garantissant des récits policiers à la structure maîtrisée et aux codes bien définis. L’ingéniosité renouvelée de chaque intrigue fidélisait un lectorat de plus en plus attaché à son style unique.
Il était hors de question de brouiller le message que véhiculait cette marque. Partant, lorsque la romancière proposa un autre type de romans à son éditeur — des romans autobiographiques, intimistes, sentimentaux ou d’analyse sociale —, il refusa qu’ils fussent publiés sous le nom d’Agatha Christie. Celle-ci choisit alors pour pseudonyme Mary Westmacott, un pseudonyme qu’elle forgea en s’inspirant du nom de jeune fille de sa grand-mère, Mary West.


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