Au bout d’une interminable ligne droite s’élèvent des excroissances rocheuses aux formes courbes et lisses qui rappellent celles de Ronda. Leur majesté écrase les villages de Kalampaka et Kastraki qui sont nés à leurs pieds ; dans leur ombre, l’homme n’est plus qu’une modeste fourmi qui s’interroge. La mythologie locale, qui affirme que ces roches furent envoyées du ciel sur la terre pour permettre aux ascètes de se retirer et prier, les a baptisées les Météores.
Par-dessus les falaises de cette formation géologique furent bâtis en des temps reculés une vingtaine de monastères orthodoxes, dont six sont encore en activité à l’époque contemporaine. Dans les décors gris et grandioses qui les accueillent, leur éclat orange capte le regard — et là, c’est l’éblouissement. Édifiés sur le sommet des falaises et des pitons, presque mariés à la roche dont ils prolongent l’élévation verticale et vertigineuse, toujours un peu plus près du ciel, un peu plus près de Dieu, ils semblent inaccessibles, impénétrables et sans issue, comme si un démiurge avait voulu n’en laisser voir que l’extérieur aux pauvres créatures qui peuplent le monde et garder jalousement les merveilles intérieures pour lui seul.
La vérité n’est pas très loin. D’antan, les monastères n’étaient accessibles que par paniers suspendus manœuvrés à l’aide de poulies ; depuis, de discrets escaliers furent creusés dans la roche afin d’en faciliter l’accès.
Depuis les plus hauts, la vue sur la verte vallée est plongeante, époustouflante. Là, juché sur les sommets, l’homme n’est plus une modeste fourmi ; il est aussi un conquérant.







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