Courbée comme une crique, délimitée de part et d’autre par deux vieux châteaux qui s’enfoncent dans la mer, la plage de Cadix fond dans une douce pente de la digue jusqu’à l’écume des vagues.
Elle offre un sable fin et brillant, qui a été aplani par les marées successives, encore dur de la dernière en date sur la moitié de sa surface. Une seule et unique vague naît en vue du sable, comme sortie de nulle part. Son bruit, lent et régulier, berce les oreilles du flâneur, tel un ronflement de bonheur.

Mais le temps passe et déjà la mer semble vouloir reprendre le dessus sur le sable. Sa peau bleue gonfle à vue d’œil, et la vaguelette de tout à l’heure s’est transformée en vague agressive. Blanche de rage, elle s’élève, gronde, menace : les cercles qu’elle trace sur la plage en se retirant se rapprochent inéluctablement de leur objectif quotidien. Peu à peu, le sol autrefois si propre se jonche de reflux : algues mortes et pierres colorées tapissent les récentes auréoles de leur inertie.
Au loin, les petites barques de pêcheurs, que l’on voit régulièrement ancrées sur la tiédeur du désert, se sont mises à flotter sur la nappe maritime comme par réflexe. Le long de la digue, les palmiers étonnés semblent approuver du chef la courageuse qui s’est jetée à l’eau — et qui ne fait en fait qu’imiter chiens et enfants plus loin. À l’opposé, à l’horizon, des traînées blanches brisent la droiture de la ligne de fond — infimes reflets des jeux de couleur qu’offre le ciel nébuleux. Ce sont des vagues impatientes, pressées d’embrasser leurs consœurs de la mer d’en face en ce point de retrouvailles larmoyantes.
Là où je me trouve, la blancheur baveuse crépite, se rapproche inexorablement. Bientôt, je devrai reculer.



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