Contemporaine et amie d’Agatha Christie, Dorothy L. Sayers évolua longtemps dans l’ombre de cette dernière, bien qu’elle fût l’une des grandes dames du roman policier britannique. Elle acquit sa renommée grâce à la série des enquêtes de Lord Peter Wimsey, aristocrate érudit et enquêteur mondain, souvent accompagné de son épouse Harriet Vane, elle-même écrivaine.
Parmi les nombreuses aventures de Wimsey, Au crépuscule de l’Empire (Thrones, Dominations) occupe une place à part. Ce roman, commencé en 1936, devait confronter le mariage des Wimsey à deux autres unions, moins heureuses. Mais Sayers interrompit sa rédaction après quelques mois de travail. La raison ? La crise constitutionnelle provoquée par la relation entre Édouard VIII et Wallis Simpson la faisait marcher sur des œufs. Le public, alors fasciné par l’abdication du roi, risquait de lire son roman par le prisme de cette actualité, déformant le sens initial du récit.
Le temps passa et l’éloigna de ce roman. En 1938, elle confia qu’elle ne l’aimait plus et qu’elle avait bien du mal à faire quoi que ce soit à son sujet. Elle l’abandonna définitivement. Le projet demeura donc inachevé à sa mort le 17 décembre 1957.
En 1976, le Wade Center du Wheaton College, dans l’Illinois, acquit les notes de la romancière : on y trouvait plusieurs scènes complètes du roman, des schémas, et même une carte multicolore illustrant les relations entre les personnages.
En 1985, des projets de publication du texte inachevé furent envisagés, mais la mort, cette même année, d’Anthony Fleming, fils et héritier de Sayers, mit un terme à l’entreprise.
Ce ne fut qu’en 1996 que les exécuteurs littéraires confièrent à la romancière Jill Paton Walsh le soin d’étudier l’ensemble des documents, avec pour mission d’achever le roman. Elle réorganisa les scènes existantes, qui n’étaient ni numérotées ni clairement ordonnées, ce qui déboucha sur les six premiers chapitres. Elle reconstruisit le reste à partir des éléments disséminés dans les notes à sa disposition.
Au crépuscule de l’Empire parut en février 1998.
Moins centré sur l’énigme policière que sur les mœurs d’une classe sociale, ce roman s’attache à restituer l’atmosphère de l’aristocratie londonienne de l’entre-deux-guerres. Le crime n’intervient qu’au tiers du récit et son dénouement, assez transparent, importe finalement moins que les réflexions sur le couple, l’écriture, et les désillusions du monde d’avant-guerre qui émaillent l’ouvrage.
Encouragée par le succès de ce roman posthume, Jill Paton Walsh donna par la suite naissance à trois autres romans originaux mettant en scène Lord Peter et Harriet, toujours avec l’aval des ayants droit.


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