Le 1er novembre 1907, un juriste praguois de 24 ans commença sa carrière professionnelle au sein de la compagnie d’assurances Generali. Mi-juillet 1908, à peine un peu plus de huit mois après son entrée en service, il remit sa démission à sa hiérarchie. Selon lui, ce travail était trop chronophage et ne lui permettait pas de se consacrer à sa grande passion : l’écriture. Il n’avait encore rien publié, mais la littérature faisait déjà partie intégrante de sa vie.

Cet homme, qui s’appelait Franz Kafka, décrocha un autre emploi deux semaines plus tard au sein de l’institution d’assurances pour les accidents des travailleurs du royaume de Bohème. Il pouvait désormais quitter son lieu de travail à 14 heures plutôt qu’à 18 heures, une réelle opportunité pour lui ! Une telle opportunité qu’il demeura fidèle à l’entreprise jusqu’à sa retraite anticipée une dizaine d’années plus tard.

Il pouvait dorénavant consacrer ses après-midi au repos, aux promenades, aux relations sociales et, quand enfin venait le soir, il s’offrait tout entier à sa vocation. Il s’enfermait dans son bureau avec pour seules compagnes encre et feuilles de papier et il écrivait jusque tard dans la nuit.

Lorsque, quelques années plus tard, il se mit à correspondre puis à flirter avec Felice Bauer, une sténographe, il crut avoir trouvé ce qui faisait défaut à son existence : l’amour. Il se fiança une première fois avec elle en 1914, fiançailles très vite rompues, et une deuxième fois en 1917.

Néanmoins, Kafka était un homme complexe et troublé. Le jour même où il demanda la main de Felice à son père, il écrivit dans son journal personnel que, pas plus que son travail, son futur mariage ne pourrait le changer. Pire : plus les jours passaient, plus sa réflexion lui faisait craindre la vie maritale. Comment allait-il, le soir, pouvoir s’adonner à sa passion, s’isoler à son bureau et coucher sur papier les étranges histoires qui lui traversaient l’esprit ? Sa place n’était-elle pas à côté de Felice dans le lit conjugal ? Ce mariage, réalisait-il, allait le confronter à un choix cornélien : sa plume ou sa femme.

Aussi rompit-il leurs fiançailles pour la deuxième fois.

Jusqu’à sa mort et tant que sa santé défaillante le lui permit, il poursuivit son travail de scribe noctambule ; quant à Felice, elle épousa un autre homme en 1919.

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Citation

« Trente ans que je lis pour rien ! Des milliers d’heures, de mon enfance, de ma jeunesse et de mon âge adulte, passées à lire et à n’en retenir rien qu’un immense oubli. »

Patrick Süskind, Amnésie littéraire

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