Quand les feux du soleil font briller Liège, je me dis que je suis un peu dur avec elle, qu’elle peut se révéler belle elle aussi. J’en viens à me demander si mon injustice à son encontre ne serait pas due au seul critère de l’ensoleillement restreint de ses terres. Je songe alors aux façades lépreuses de l’Andalousie, les imagine sous un ciel constamment gris et en viens à donner plus de crédit à la thèse de la clarté.

Il m’a été donné la chance, si je puis dire, d’observer Séville, en début de printemps 2019, sous un ciel moins clément qu’à l’ordinaire. Un jour, de gros nuages menaçants l’ont visitée ; le lendemain, d’autres ont inondé son sol de chaudes larmes. La place d’Espagne détrempée, désertée voyait éclater des centaines, des milliers de perles à ses pieds à chaque seconde et, étonnamment, ses couleurs d’ordinaire vives avaient pâli pour se marier avec la grisaille des cieux. Les nuages, peints par un artiste au nuancier de gris très développé, se mélangeaient les uns aux autres dans des boucles aux coloris proches et distincts à la fois ; mais toujours ils laissaient entrevoir, comme un espoir, une faille dans le rideau anthracite qu’ils avaient tiré par-dessus la ville. Ils annonçaient qu’ils n’étaient que de passage, le temps d’offrir une ambiance inhabituelle à la capitale andalouse.

Même sous les nuages, même sous la pluie, Séville resplendit. Ce n’est pas le soleil qui la fait briller, non, celui-ci ne lui offre qu’un jour plus splendide encore. Car, si le soleil a le pouvoir de rendre belle toute chose, même la plus quelconque, qu’elle soit ville ou nature, qu’elle vive ou qu’elle demeure inanimée, la météo maussade en a un autre, autrement plus dangereux pour l’objet de son ombre : celui de faire disparaître les artifices et de ne laisser apparente que la vérité la plus nue, parfois la plus affreuse, parfois la plus triste, mais d’autres fois aussi la plus merveilleuse qui soit.

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« Trente ans que je lis pour rien ! Des milliers d’heures, de mon enfance, de ma jeunesse et de mon âge adulte, passées à lire et à n’en retenir rien qu’un immense oubli. »

Patrick Süskind, Amnésie littéraire

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