Quand le colonel García vit la porte s’entrouvrir, il sortit de sa cellule et suivit en silence le directeur dans les couloirs endormis du pénitencier.

Une fois dans la cour, il rompit le calme de la nuit :

— Vous avez les vêtements civils ?

— Oui, répondit le directeur en lui tendant un sac à dos. J’ai ajouté une bouteille d’eau. Dépêchez-vous. González et Trujillo auront bientôt fini leur tour de garde.

Les deux gardiens se tenaient près de la lourde porte du pénitencier, dont ils firent grincer les gonds. García s’engouffra dans l’ouverture et se retourna vers le directeur.

— Merci. Mille fois merci. Je vous revaudrai ça un jour. Quand je reprendrai le pouvoir, quand j’aurai bouté dehors toute cette canaille qui…

— Dépêchez-vous, bon sang. Sortez. Vous allez nous faire repérer.

Il obtempéra et entendit dans son dos le verrou qui claquait et la clé qui tournait dans la serrure. Les paysages se fondaient dans les ténèbres. L’air avait une odeur de liberté.

Il se demanda encore une fois combien de pesos ses hommes avaient versés au directeur pour qu’il ferme les yeux sur son évasion. Bientôt, il saurait. Marcher jusqu’aux premiers contreforts en évitant les routes et le village de Pupacacha, telles étaient les instructions. Des soutiens quadrillaient les abords de la montagne et l’attendaient.

Il partit à rythme lent, précautionneusement, en veillant à ne pas faire rouler les cailloux sous ses pieds.

Tout à coup, une interjection jaillit dans son dos, sur la crête de la muraille. Trois ou quatre projecteurs s’allumèrent instantanément sur lui.

Il tenta de fuir, mais déjà la pétarade éclatait. Il tomba dans le sable froid, le visage tourné vers le pénitencier, le corps secoué par les impacts. Combien de tireurs y avait-il ? Quinze ? Vingt ? C’était comme si tous les gardiens s’étaient donné rendez-vous sur le chemin de ronde pour l’attendre. Le directeur s’était joué de lui. À n’en pas douter, la junte ennemie cachait ses grosses pattes derrière ce simulacre d’évasion qui lui permettait d’éliminer à peu de frais un adversaire trop dangereux. Ses partisans avaient-ils seulement cherché à le libérer ? Il cracha du sang, ferma les yeux et poussa un ultime soupir empreint de mélancolie.

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« Trente ans que je lis pour rien ! Des milliers d’heures, de mon enfance, de ma jeunesse et de mon âge adulte, passées à lire et à n’en retenir rien qu’un immense oubli. »

Patrick Süskind, Amnésie littéraire

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