Parfois, le travail de documentation peut se révéler extrême.
Ainsi, avant d’écrire Salammbô, un roman dont l’action se déroule à Carthage au IIIe siècle avant J.-C., Gustave Flaubert nota qu’il y avait des cyprès pyramidaux dans la cour du temple de Tanit, la grande déesse punique assimilée à Astarté. Il n’hésita pas à lire un traité de quatre cents pages sur cette variété d’arbre lors de son travail préparatoire.[1]
Le souci presque maladif de Flaubert de faire correspondre ses œuvres romancées à la réalité le poussa également, lors de la rédaction de L’Éducation sentimentale, à de nombreux voyages et à des recherches d’historien de son temps. Il visita la ville de Sens où son héros Frédéric avait été au collège, se déplaça jusqu’à Creil et Montataire pour documenter le site probable de la fabrique de faïence de M. Arnoux et passa même deux jours dans la forêt de Fontainebleau pour repérer les lieux des ébats de Frédéric et Rosanette. Il visita l’hôpital Sainte-Eugénie pour observer des enfants souffrant du croup à l’instar du fils de Mme Arnoux, enquêta sur les courses de chevaux à Paris, chercha à savoir quelle pouvait être la carte du Café anglais du boulevard des Italiens en 1847. Et quand il se rendit compte que la ligne de chemin de fer Fontainebleau-Paris n’existait pas en 1848, il se résolut dans un soupir à supprimer les passages qui se référaient à un voyage en train et, après moult recherches sur la façon de parvenir à Paris depuis Fontainebleau à l’époque, réécrivit les scènes effacées.
[1] Flaubert, correspondance T. II, p. 713.


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